Mgr Hubert COPPENRATH

lundi 29 septembre 2008.
 

Chapelle Saint-Louis de France Le 31 août 2008

À première vue, Saint-Louis peut être perçu comme un homme du Moyen-âge, donc qui a vécu à une période très lointaine, qui avait des conceptions très éloignées des nôtres. De plus, à l’heure d’aujourd’hui, les croisades n’ont pas bonne presse et il en a entrepris deux. En réalité, à notre époque, où nous avons tant de problèmes avec la corruption des hommes politiques, Saint-Louis nous montre qu’on peut être au pouvoir et être en même temps un très grand saint. Il est unique parmi les rois de France qui, tout en se proclamant "rois très chrétiens", ont eu souvent des conduites scandaleuses. Derrière des évènements parfois assez glorieux se profilent de sordides histoires de maîtresses, de complots d’antichambre, de luttes de faveurs, quand ce ne sont pas de froides liquidations d’ennemis ... Saint Louis était le plus grand monarque d’Europe, à la fois par l’étendue de ses états, que par la population de son royaume. Et pourtant c’était un saint authentique qui s’est efforcé de vivre l’évangile avec toute sa rigueur dans la justice, le respect et l’amour des pauvres et de petits. Si nous voulons connaître quelques-uns des traits qui manifestent cette sainteté, nous n’avons que l’embarras du choix parmi les témoignages de ses contemporains. Il nourrissait chaque jour 120 pauvres, et parfois ce chiffre s’élevait à 200. Sur ce nombre, plusieurs fois par semaine, 13 étaient directement servis par le roi en personne. Chaque samedi, il lavait les pieds de trois pauvres, à genoux devant eux, puis leur présentait l’eau pour qu’ils se lavent les mains et leur baisait ensuite la main. En tous temps trois pauvres mangeaient à sa table, et ce nombre s’élevait à 13 en Carême. L’abbaye cistercienne de Royaumont, qu’il avait fondée et où il se sentait absolument chez lui, était fréquemment le théâtre de ces gestes de charité et d’humilité. Le roi servait à table les cent religieux, visitait l’infirmerie et surtout allait saluer un moine lépreux relégué dans une maisonnette. Il lui donnait à manger, lui faisait apporter des douceurs de sa propre cuisine et se pliait à ses caprices (A.S., P. 598-599). De telles scènes se renouvelèrent en beaucoup d’endroits. Le respect des morts lui inspirait des gestes semblables. À Sidon, en Terre Sainte, où un raid musulman avait causé de nombreux morts parmi les Chrétiens, le roi ordonna de faire un cimetière ; puis, donnant le premier l’exemple, il fit transporter les corps en putréfaction dans leur sépulture. Il encourageait ses compagnons : "Ne soyez pas dégoûtés par ces corps car ce sont des martyrs et ils sont au ciel." (Nolite haec corpora exhorrescere, nam martyres sunt et in coelo) (A.S., P. 600)."

Ce que cette liste impressionnante d’oeuvres de miséricorde ne nous dit pas c’est que, de la personne du roi, émanait une paix rayonnante, au point que, selon Guillaume de Chartres : la vue et la parole du roi avaient souvent pour effet de rendre la paix et le calme dans l’âme de ceux qui venaient le trouver le cœur tout agité de passions. Nous trouvons difficile de vivre l’évangile parce que nous vivons au milieu du monde, parce que nous pensons qu’il faut faire des concessions au "qu’en dira-t-on", parce que nous avons peur d’être désapprouvés, de passer pour un original et un farfelu. Mais lui ne s’est pas laissé impressionner par ses conseillers qui trouvaient qu’il en faisait trop, les flatteurs ne lui ont pas tourné la tête. Bien entendu c’était un homme de prière, il ne manquait jamais la messe chaque jour et il consacrait chaque jour de longues heures à la prière soit en assistant à l’office divin, à l’office de la Sainte vierge et à l’office des morts soit en s’adonnant à la prière personnelle. Il se confessait chaque vendredi avec beaucoup d’humilité. La piété du roi, son désir de vivre l’évangile ne l’ont pas empêché de faire son métier de roi en menant de front la recherche de la prospérité matérielle de ses sujets et leur bien spirituel. Les féodaux ont essayé d’intriguer contre lui, mais ils ont été vaincus. Aussi bien Hugues de Lusignan, soutenu par le roi d’Angleterre que les seigneurs du Midi autour de Raymond VII, comte de Toulouse. Avant de partir en croisade, il fit ouvrir une vaste enquête sur les abus des fonctionnaires royaux. Il développa la justice royale au détriment des justices seigneuriales. Il a donc continué les efforts de ses prédécesseurs pour développer la centralisation du pouvoir, mais il l’a fait dans l’honnêteté et la justice à l’inverse d’un Philippe le Bel. Il faut dire aussi un mot de sa vie d’époux et de père de famille. Il aimait tendrement son épouse Marguerite de Provence qui lui donna onze enfants. Les deux époux cependant, d’un commun d’accord, s’imposaient des périodes de continence, par exemple pendant tout le carême. S’il aimait son épouse, ce fut cependant sans faiblesse, il ne la laissa jamais jouer un rôle politique car il savait qu’elle avait tendance à favoriser sa famille dont les ambitions étaient totalement contraires aux intérêts de la France. Il essaya de faire de ses enfants des Chrétiens à son image en les associant tout jeunes à ses pratiques de piété. Il aurait voulu que l’un ou l’autre devienne religieux, mais dans ce domaine, il eut moins de succès. Oui, Louis IX, roi de France, a été un grand saint. Il mérite d’être admiré et il nous fait comprendre que nous devons savoir unifier notre vie en la centrant sur notre foi. Notre vie professionnelle, nos obligations sociales ne sont pas des excuses pour attiédir l’Évangile ou pour faire deux parts dans notre vie. Certes, il nous sera difficile d’atteindre le niveau de sainteté de ce roi, mais son exemple devrait nous inspirer d’avantage et inspirer d’avantage tous ceux qui doivent mener une carrière politique, tous ceux qui ont des responsabilités importantes dans le domaine social ou économique.

Mgr Hubert COPPENRATH